From the cultural nation to the political nation: Difference between revisions

From Independence of Québec
Jump to navigation Jump to search
Mathieugp (talk | contribs)
No edit summary
 
Mathieugp (talk | contribs)
mNo edit summary
 
(9 intermediate revisions by the same user not shown)
Line 1: Line 1:
Il faut être impitoyable pour tous nos mythes essentialistes Comment «penser» une nation? Et pourquoi faut-il le faire? «Nation» se dit en deux sens depuis deux siècles, depuis l'aube de l'ère démocratique. Il y a la nation culturelle ou linguistique ou historique («la nation canadienne-française», par exemple) et la nation au sens politique. Celle-ci est le «souverain», elle est l'ensemble de ceux et celles qui décident collectivement de leur sort dans un régime démocratique.
We must be pitiless with all our essentialist myths. How to "think" the nation? "Nation" has been used with two meanings for two centuries, since the dawn of the democratic era. There is the cultural or linguistic or historic nation ("the French-Canadian nation", for example) and the nation in the political sense. That one is "sovereign", it is the ensemble of those who collectively decide of their faith in a democratic regime.


Or qui décide ensemble doit aussi délibérer ensemble, et il n'y a pas de délibération collective possible qui ne soit encadrée par un accord de fond, sur des principes, des buts, des valeurs clés. Bien entendu, ceux-ci évoluent, sont même le lieu de contestations partielles. Mais ils ne sauraient être tous mis en cause à la fois, autrement, la discussion se désagrège, ne s'organise plus autour de questions communes. On est au bord de la rupture.
Now, who decides together must also deliberate together, and there is no collective deliberation possible that is not framed by some fundamental agreement, on principles, on goals, on key values. Of course, these ones evolve, are even the object of partial contestation. But they could not be put into question all at once, otherwise the discussion disintegrates, it no longer organizes around common questions. We are then on the verge of rupture.


Une démocratie implique donc une nation politique, et la nation politique a besoin d'une définition commune, au moins des matières à contestation généralement reconnues. Elle a besoin de ce qu'on pourrait appeler une «identité politique» qui entretienne un rapport complexe, mais fondamentalement ouvert et accueillant, avec les multiples identités personnelles de ses membres.
A democracy therefore implies a political nation and the political nation needs a common definition, at least on the matters which are generally contested. It needs what we could call a "political identity" which entertains a complex relation, but one that is fundamentally open and welcoming, with the multiple personal identities of its members.


Mais les nations ne se préoccupent pas toujours de leur identité. Ce qui nous oblige à le faire dans le Québec contemporain, c'est une diversité qui rend difficile une identité politique commune.
But nations are not always preoccupied with their identity. What forces us to do it in contemporary Quebec is a diversity which makes a common political identity a difficult thing.


==Trois dimensions de notre diversité==
==There dimensions of our diversity==


Rappelons les trois grandes dimensions de notre diversité identitaire: 1- il y a la différence entre les autochtones, les «premières nations», et ceux qui sont venus dans la foulée de la colonisation européenne; 2- il y a la différence entre majorité francophone et minorité anglophone; et 3- il y a la diversité de ceux qui sont venus et viennent encore nous rejoindre de toutes les parties du globe.
Let us point out three great dimensions of our identity diversity: 1. there is the difference between the aboriginals, the "first nations", and those who came in the tread of European colonization; 2. there is the difference between the francophone majority and anglophone minority; and 3. there is the diversity of those who came and still come to join us from all parts of the globe.


Tout cela a créé une extraordinaire variété et une richesse d'identités personnelles. Cette multiplicité ne pose pas nécessairement de problème pour une identité politique. Si elle suscite une difficulté chez nous, c'est parce qu'elle se situe dans les lignes de force d'une identité politique complexe.
All that created an extraordinary variety and a richness of personal identities. This multiplicity does not necessarily pose a problem for a political identity. If it causes a difficulty in Quebec, it is because it is located in the tension fields of a complex political identity.


Les différentes minorités, autochtone, anglophone, allophone, ainsi que bon nombre de francophones de souche, tiennent à une identité politique à la fois canadienne et québécoise. Question en partie de prudence élémentaire pour les premiers (mieux vaut pour les minorités évoluer dans un système complexe, on peut manoeuvrer sur deux paliers); question d'allégeance profonde pour les seconds; une préférence fort compréhensible pour les grands ensembles chez les allophones, dont les familles sont distribuées un peu partout dans les Amériques, tandis qu'une majorité des francophones de souche a hérité de cette identité complexe dont elle ne se décide pas encore à se départir.
The various minorities, indigenous, anglophone, allophone, like considerable old-stock francophones, are attached to  a political identity that is at the same time Canadian and Quebec[er]. Partly an elementary question of prudence for the first (better for minorities to evolve in a complex system, where one can operate on two stages); question of profound allegiance for the seconds; an extremely comprehensible preference for the great ensembles among allophones, whose families are distributed a little everywhere in Americas, while a majority of the francophones of old-stock inherited this complex identity of which they have not yet decided to rid themselves of.


Or il n'y a pas de problème en soi dans cette complexité, car s'il est plutôt rare de relever de deux nations culturelles, il est parfaitement normal de faire partie de deux peuples souverains. Cela est même obligatoire dans des régimes fédératifs et quasi fédératifs, d'ailleurs de plus en plus répandus de nos jours.
However there is no problem in this complexity by itself, because if it is rather rare to be of two cultural nations, it is perfectly normal to be a part of two sovereign peoples. That is even an obligation in federative and quasi-federative regimes, in fact increasingly widespread nowadays.


==L'interférence du projet indépendantiste==
==The interference of the independentist project==


Le problème provient plutôt de l'interférence entre cette complexité, d'une part, et un fort projet d'indépendantisme chez des francophones de souche, d'autre part. En effet, ce projet s'exprime aussi dans le langage d'une nation politique québécoise, qui serait «souveraine». On trouve souvent dans le discours indépendantiste l'idée que la nation québécoise ne serait dans une situation «normale» qu'après avoir créé un État souverain.
----
TO BE TRANSLATED


Comment s'étonner alors si les différentes minorités éprouvent une certain confusion et ressentent une certaine ambiguïté dans tout appel qui leur est adressé d'appartenir de plain-pied à la nation politique québécoise? À quoi les invite-t-on, au juste? Quelle est l'identité politique à laquelle on leur propose de souscrire?
The problem rather comes from the interference between this complexity, on the one hand, and a strong project of independantism among old-stock francophones, on the other hand. Indeed, this project is also expressed in the language of a Québécois political nation, which would be "sovereign". One often finds in the independence discourse the idea that the Quebec nation would only be in a "normal" situation after having created a Sovereign state.


Je parle ici d'invitation car notre problème vient visiblement d'une réticence chez les minorités des trois dimensions de diversité à adhérer de plein coeur à un peuple québécois trans-ethnique. D'aucuns peuvent prétendre que le problème se situe aussi chez la majorité, que sa volonté d'inclure les autres n'est pas très forte, voire qu'elle les repousse. Or on ne peut nier qu'il existe des sentiments d'exclusion chez la majorité francophone, comme dans toute société moderne, mais ces réactions sont de moins en moins légitimées et diminuent avec le temps. L'invitation à appartenir à la nation politique québécoise a bel et bien été lancée aux minorités, mais les destinataires hésitent à y répondre.
How to be surprised then if the various minorities experience a certain confusion and feel a certain ambiguity in any call which is sent to them to fully belong to the Quebec political nation? To what does one invite them exactly? Which is the political identity to which one proposes them to subscribe?


Or la réticence de ceux-ci vient de l'incertitude, voire de la méfiance à propos du sens de la proposition qui leur est faite. Elle a deux sens possibles.
I speak here about invitation because our problem obviously comes from a reserve among the minorities of the three dimensions of diversity to fully adhere to a trans-ethnic Quebec people. Some can claim that the problem comes from the majority, as its will to include others is not very strong, that it even pushes them away. However one cannot deny that there are feelings of exclusion among the francophone majority, as in any modern society, but these reactions are less and less legitimated and decrease with time. The invitation to belong to the Quebec political nation was indeed sent to the minorities, but the recipients hesitate to answer it.


1- On peut vous demander d'adhérer à un peuple dont le destin «normal» est d'atteindre l'indépendance; l'identité politique dans ce cas englobera l'indépendance comme élément fixe du cadre; ou bien 2- on vous propose de faire partie d'un peuple, sans référence à son statut constitutionnel éventuel. Cela n'exclut ni l'indépendance, ni le fédéralisme, mais définit l'identité politique sans référence ni à l'un ni à l'autre.
However the reserve of those minorities comes from the uncertainty, the mistrust even concerning the meaning of the proposal which is made to them. It has two possible meanings.


Il me semble clair, vu l'attachement des minorités à la double identité canadienne et québécoise, que l'unique base d'une nation politique québécoise trans-ethnique se situe dans le point n° 2. Comment la définir?
1 - One can ask you to adhere to a people whose "normal" destiny is to reach independence; the political identity in this case will include independence as a fix element of the framework; or 2 - one proposes you to be a part of a people, without reference to this people's possible constitutional status. That excludes neither independence, neither federalism, but defines the political identity without reference neither to one nor the other.


==Trois éléments de la nation politique==
It seems clear to me, considering the attachment of minorities to the double Canadian and Quebec identity, that the sole base of a trans-ethnic Quebec political nation is in point n° 2. How to define it?
 
==Three elements of the political nation==


Il me semble qu'elle doit comporter trois éléments essentiels: i- une éthique politique, essentiellement définie par les droits humains, l'égalité et la démocratie; ii- le français comme langue publique; iii- un certain rapport à notre histoire.
Il me semble qu'elle doit comporter trois éléments essentiels: i- une éthique politique, essentiellement définie par les droits humains, l'égalité et la démocratie; ii- le français comme langue publique; iii- un certain rapport à notre histoire.
Line 41: Line 44:
Mais qu'en est-il du rapport à l'histoire? Pourquoi est-il nécessaire? Parce que chaque société politique est non seulement définie par une certaine éthique - elle est par exemple démocratique -, elle constitue un certain projet historique, une certaine tentative de réaliser cette forme de vie. Ce à quoi on est invité à participer, ce n'est pas à la démocratie dans l'abstrait, mais à ce projet bien défini et concret: la démocratie dans les institutions parlementaires britanniques, mais vécue en français; une démocratie francophone, mais séparée de l'Hexagone par toute l'épaisseur de son histoire ultramontaine et de sa situation américaine. On pourrait citer bien d'autres traits marquants de notre projet, mais il est déjà évident que ce qui lui donne sa réalité concrète, c'est précisément son passé, tout ce qui est survenu pour que sa situation actuelle soit ce qu'elle est. Comme membre d'un peuple, on n'arrive jamais au début du film; le récit des événements est déjà en cours. On doit lui trouver un sens avant de conter sa propre histoire.
Mais qu'en est-il du rapport à l'histoire? Pourquoi est-il nécessaire? Parce que chaque société politique est non seulement définie par une certaine éthique - elle est par exemple démocratique -, elle constitue un certain projet historique, une certaine tentative de réaliser cette forme de vie. Ce à quoi on est invité à participer, ce n'est pas à la démocratie dans l'abstrait, mais à ce projet bien défini et concret: la démocratie dans les institutions parlementaires britanniques, mais vécue en français; une démocratie francophone, mais séparée de l'Hexagone par toute l'épaisseur de son histoire ultramontaine et de sa situation américaine. On pourrait citer bien d'autres traits marquants de notre projet, mais il est déjà évident que ce qui lui donne sa réalité concrète, c'est précisément son passé, tout ce qui est survenu pour que sa situation actuelle soit ce qu'elle est. Comme membre d'un peuple, on n'arrive jamais au début du film; le récit des événements est déjà en cours. On doit lui trouver un sens avant de conter sa propre histoire.


==Prolonger notre histoire==
==To prolong our story==


Mais ce sens même sera-t-il contesté? Inévitablement. Nous trouverons différentes façons de prolonger cette histoire. Rien n'est moins évident chez nous, où d'aucuns prétendent que l'aboutissement normal de nos derniers 400 ans d'existence est un état indépendant, alors que d'autres refusent cette solution au nom de l'appartenance à un plus grand ensemble. Mais ce qui nous relie ensemble comme membres d'un même peuple, c'est que nous proposons de continuer cette même histoire, si divergentes que soient nos lectures. Le geste fatal serait de dire: puisque tout cela nous divise, oublions le passé et concentrons-nous sur les problèmes de l'heure. C'est un recours séduisant dans le monde libéral moderne, où la jeunesse prend le pas sur l'âge et l'avenir sur le passé.
Mais ce sens même sera-t-il contesté? Inévitablement. Nous trouverons différentes façons de prolonger cette histoire. Rien n'est moins évident chez nous, où d'aucuns prétendent que l'aboutissement normal de nos derniers 400 ans d'existence est un état indépendant, alors que d'autres refusent cette solution au nom de l'appartenance à un plus grand ensemble. Mais ce qui nous relie ensemble comme membres d'un même peuple, c'est que nous proposons de continuer cette même histoire, si divergentes que soient nos lectures. Le geste fatal serait de dire: puisque tout cela nous divise, oublions le passé et concentrons-nous sur les problèmes de l'heure. C'est un recours séduisant dans le monde libéral moderne, où la jeunesse prend le pas sur l'âge et l'avenir sur le passé.
Line 55: Line 58:
Bref, l'identité politique, à l'instar de son homologue personnelle, devrait être admise comme réalité en instance constante de reformulation, saisissable seulement dans son cadre narratif, selon la suggestion féconde de Jocelyn Maclure («Authenticités québécoises», dans Globe, vol. 1, n° 1).
Bref, l'identité politique, à l'instar de son homologue personnelle, devrait être admise comme réalité en instance constante de reformulation, saisissable seulement dans son cadre narratif, selon la suggestion féconde de Jocelyn Maclure («Authenticités québécoises», dans Globe, vol. 1, n° 1).


==Désacraliser la loi 101==
==Desacrilizing Bill 101==


J'ai parlé de cette reformulation à propos du premier pilier, mais la même chose vaut pour ii (la langue) et iii (le rapport à l'histoire).
J'ai parlé de cette reformulation à propos du premier pilier, mais la même chose vaut pour ii (la langue) et iii (le rapport à l'histoire).
Line 67: Line 70:
Y parviendrons-nous?
Y parviendrons-nous?


==Qui est Charles Taylor?==
==Who is Charles Taylor?==
 
Professor at McGill University since 1961, Charles Taylor is currently regarded as one of the world celebrities in moral and political philosophy. Doctor from Oxford University, he was Chichele Professor and member of the All Souls College of the prestigious British institution during several years. He also taught in several other universities, of which the Université de Montréal, Princeton, Berkeley and the Institute für die Wissenschaften Vom Menschen of Vienna. Mr. Taylor published more than ten works. Let us mention inter alia Hegel, which remains a reference on the great German philosopher, Rapprocher les solitudes, Écrits sur le fédéralisme et le nationalisme au Canada, Multiculturalisme ­ Différence et démocratie, Grandeur et misère de la modernity, and his major work, Les Sources du moi, which traces a portrait of the genesis and development of the creation of the modern identity. Member of the Royal Society of Canada and fellow of the British Academy, Mr. Taylor received many awards, of which the Molson award of the Council of Arts of Canada and the Léon-Gérin award, which was decreed to him by the government of Quebec for his exceptional contribution to the intellectual and social life of Quebec. He was a vice-president of the New Democratic Party from 1966 to 1971 and member of the Conseil de la langue française from 1991 to 1996.
 
== See also ==
 
* ''[[From the "winning conditions" to the "significant conditions"]]'', by Daniel Jacque
* ''[[For a nationalism open to pluralist citizenship]]'', by Gilles Bourque
* ''[[Our Republic in America]]'', by Marc Chevrier
* ''[[Nationalism and social movements against market hegemony]]'', by Gregory Baum
* ''[[The three founding peoples of Quebec]]'', by Denys Delâge
* ''[[From the nation to citizenship]]'', by Jane Jenson
* ''[[Let us assume the Quebec identity in its complexity]]'', by Jocelyn Létourneau
* ''[[To get out of the survival]]'', by Serge Cantin
* ''[[A State project to counter liberalized capital]]'', by Gilles Gagné
* ''[[The challenge of diversity]]'', by Danielle Juteau
* ''[[Building the Quebec nation]]'', by Gérard Bouchard


Professeur à l'université McGill depuis 1961, Charles Taylor est actuellement considéré comme l'une des sommités mondiales en philosophie morale et politique. Docteur de l'université d'Oxford, il a été Chichele Professor et membre de l'All Souls College de la prestigieuse institution britannique pendant plusieurs années. Il a également enseigné dans plusieurs autres universités, dont l'Université de Montréal, Princeton, Berkeley et l'Institut für die Wissenschaften Vom Menschen de Vienne. M. Taylor a publié plus d'une dizaine d'ouvrages. Mentionnons entre autres Hegel, qui reste une référence sur le grand philosophe allemand, Rapprocher les solitudes ­ Écrits sur le fédéralisme et le nationalisme au Canada, Multiculturalisme ­ Différence et démocratie, Grandeur et misère de la modernité, et son maître-livre, Les Sources du moi, qui trace un portrait de la genèse et du développement de la conception de l'identité moderne. Membre de la Société royale du Canada et fellow de la British Academy, M. Taylor a reçu de nombreux prix, dont le prix Molson du Conseil des arts du Canada et le prix Léon-Gérin, qui lui fut décerné par le gouvernement du Québec pour sa contribution exceptionnelle à la vie intellectuelle et sociale du Québec. Il a été vice-président du Nouveau Parti démocratique de 1966 à 1971 et membre du Conseil de la langue française de 1991 à 1996.
[[Category:Translations]]
[[Category:20th century]]
[[Category:1999]]

Latest revision as of 18:15, 29 January 2011

We must be pitiless with all our essentialist myths. How to "think" the nation? "Nation" has been used with two meanings for two centuries, since the dawn of the democratic era. There is the cultural or linguistic or historic nation ("the French-Canadian nation", for example) and the nation in the political sense. That one is "sovereign", it is the ensemble of those who collectively decide of their faith in a democratic regime.

Now, who decides together must also deliberate together, and there is no collective deliberation possible that is not framed by some fundamental agreement, on principles, on goals, on key values. Of course, these ones evolve, are even the object of partial contestation. But they could not be put into question all at once, otherwise the discussion disintegrates, it no longer organizes around common questions. We are then on the verge of rupture.

A democracy therefore implies a political nation and the political nation needs a common definition, at least on the matters which are generally contested. It needs what we could call a "political identity" which entertains a complex relation, but one that is fundamentally open and welcoming, with the multiple personal identities of its members.

But nations are not always preoccupied with their identity. What forces us to do it in contemporary Quebec is a diversity which makes a common political identity a difficult thing.

There dimensions of our diversity

Let us point out three great dimensions of our identity diversity: 1. there is the difference between the aboriginals, the "first nations", and those who came in the tread of European colonization; 2. there is the difference between the francophone majority and anglophone minority; and 3. there is the diversity of those who came and still come to join us from all parts of the globe.

All that created an extraordinary variety and a richness of personal identities. This multiplicity does not necessarily pose a problem for a political identity. If it causes a difficulty in Quebec, it is because it is located in the tension fields of a complex political identity.

The various minorities, indigenous, anglophone, allophone, like considerable old-stock francophones, are attached to a political identity that is at the same time Canadian and Quebec[er]. Partly an elementary question of prudence for the first (better for minorities to evolve in a complex system, where one can operate on two stages); question of profound allegiance for the seconds; an extremely comprehensible preference for the great ensembles among allophones, whose families are distributed a little everywhere in Americas, while a majority of the francophones of old-stock inherited this complex identity of which they have not yet decided to rid themselves of.

However there is no problem in this complexity by itself, because if it is rather rare to be of two cultural nations, it is perfectly normal to be a part of two sovereign peoples. That is even an obligation in federative and quasi-federative regimes, in fact increasingly widespread nowadays.

The interference of the independentist project


TO BE TRANSLATED

The problem rather comes from the interference between this complexity, on the one hand, and a strong project of independantism among old-stock francophones, on the other hand. Indeed, this project is also expressed in the language of a Québécois political nation, which would be "sovereign". One often finds in the independence discourse the idea that the Quebec nation would only be in a "normal" situation after having created a Sovereign state.

How to be surprised then if the various minorities experience a certain confusion and feel a certain ambiguity in any call which is sent to them to fully belong to the Quebec political nation? To what does one invite them exactly? Which is the political identity to which one proposes them to subscribe?

I speak here about invitation because our problem obviously comes from a reserve among the minorities of the three dimensions of diversity to fully adhere to a trans-ethnic Quebec people. Some can claim that the problem comes from the majority, as its will to include others is not very strong, that it even pushes them away. However one cannot deny that there are feelings of exclusion among the francophone majority, as in any modern society, but these reactions are less and less legitimated and decrease with time. The invitation to belong to the Quebec political nation was indeed sent to the minorities, but the recipients hesitate to answer it.

However the reserve of those minorities comes from the uncertainty, the mistrust even concerning the meaning of the proposal which is made to them. It has two possible meanings.

1 - One can ask you to adhere to a people whose "normal" destiny is to reach independence; the political identity in this case will include independence as a fix element of the framework; or 2 - one proposes you to be a part of a people, without reference to this people's possible constitutional status. That excludes neither independence, neither federalism, but defines the political identity without reference neither to one nor the other.

It seems clear to me, considering the attachment of minorities to the double Canadian and Quebec identity, that the sole base of a trans-ethnic Quebec political nation is in point n° 2. How to define it?

Three elements of the political nation

Il me semble qu'elle doit comporter trois éléments essentiels: i- une éthique politique, essentiellement définie par les droits humains, l'égalité et la démocratie; ii- le français comme langue publique; iii- un certain rapport à notre histoire.

Il est clair que chacun de ces éléments est le site de contestations importantes. Et cela est inévitable. Qui pourrait prétendre avoir défini une fois pour toutes ce que la démocratie et les droits humains exigent pour notre temps? Et l'aurait-on fait que les temps qui changent nous auraient mis devant une nouvelle situation, exigeant d'autres mesures. On devrait dire même qu'une certaine ouverture est essentielle ici, que toute société qui change, et surtout qui se renouvelle en partie par l'immigration, doit s'attendre à des redéfinitions récurrentes de ses références de base.

Contestations importantes, mais non pas globales. On ne saurait maintenir dans la même identité politique un rejet de principe des droits humains ou une proposition d'abandonner le français comme langue publique. Non pas que de telles idées se présentent dans le Québec actuel, mais elles seraient des points de rupture qui rendraient impossible toute identité politique commune.

Mais qu'en est-il du rapport à l'histoire? Pourquoi est-il nécessaire? Parce que chaque société politique est non seulement définie par une certaine éthique - elle est par exemple démocratique -, elle constitue un certain projet historique, une certaine tentative de réaliser cette forme de vie. Ce à quoi on est invité à participer, ce n'est pas à la démocratie dans l'abstrait, mais à ce projet bien défini et concret: la démocratie dans les institutions parlementaires britanniques, mais vécue en français; une démocratie francophone, mais séparée de l'Hexagone par toute l'épaisseur de son histoire ultramontaine et de sa situation américaine. On pourrait citer bien d'autres traits marquants de notre projet, mais il est déjà évident que ce qui lui donne sa réalité concrète, c'est précisément son passé, tout ce qui est survenu pour que sa situation actuelle soit ce qu'elle est. Comme membre d'un peuple, on n'arrive jamais au début du film; le récit des événements est déjà en cours. On doit lui trouver un sens avant de conter sa propre histoire.

To prolong our story

Mais ce sens même sera-t-il contesté? Inévitablement. Nous trouverons différentes façons de prolonger cette histoire. Rien n'est moins évident chez nous, où d'aucuns prétendent que l'aboutissement normal de nos derniers 400 ans d'existence est un état indépendant, alors que d'autres refusent cette solution au nom de l'appartenance à un plus grand ensemble. Mais ce qui nous relie ensemble comme membres d'un même peuple, c'est que nous proposons de continuer cette même histoire, si divergentes que soient nos lectures. Le geste fatal serait de dire: puisque tout cela nous divise, oublions le passé et concentrons-nous sur les problèmes de l'heure. C'est un recours séduisant dans le monde libéral moderne, où la jeunesse prend le pas sur l'âge et l'avenir sur le passé.

Mais dès qu'on adopte cette ligne, on dissout les bases de notre identité politique, c'est-à-dire de notre existence comme peuple. Car les problèmes de l'heure sont les problèmes de quelqu'un. De qui parle-t-on quand on dit: «nos problèmes»? La réponse à cette question, comme à toute question identitaire, fait nécessairement référence au passé, celui d'une longue existence commune, celle des francophones de souche, marquée au départ d'une rencontre essentielle, celle des autochtones, et profondément modifiée par la suite par d'autres alliages, anglophones et allophones.

Notre identité politique a donc trois piliers essentiels. Chacun comporte une référence essentielle au passé. Mais ils peuvent et doivent être taillés de nouveau, recevoir de nouvelles formes aux mains des générations succédantes, à commencer par celle qui vit maintenant. Le primordialisme est un danger qui guette toutes les sociétés, de nos jours, en face du changement et de la diversité galopants, et pas seulement les sociétés qu'on qualifie de «fondamentalistes». Même les sociétés libérales sont tentées de se cramponner à certaines formes traditionnelles, prétendument «fondatrices».

Prenons un exemple actuel. Une certain séparation entre l'Église et l'État est incontournable dans une démocratie diversifiée. Mais cela ne justifie nullement une certaine rigidité autour des formes traditionnelles et quasi sanctifiées qu'a prises cette séparation dans une société donnée, comme le «wall of separation» américain ou la «laïcité» française.

Cette entente de base sur la reformulation de l'essentiel est probablement nécessaire à toute société démocratique contemporaine, mais elle est d'autant plus incontournable pour des sociétés qui se renouvellent par l'immigration. C'est leur façon de dire aux nouveaux venus que tout n'est pas figé dans le concret, qu'ils auront leur mot à dire dans la redéfinition de leur nouveau pays. (D'ailleurs, la catégorie de sociétés vivant de l'immigration s'élargit bien au delà de celles traditionnellement reçues comme telles. Songeons à la nouvelle loi de citoyenneté allemande.)

Bref, l'identité politique, à l'instar de son homologue personnelle, devrait être admise comme réalité en instance constante de reformulation, saisissable seulement dans son cadre narratif, selon la suggestion féconde de Jocelyn Maclure («Authenticités québécoises», dans Globe, vol. 1, n° 1).

Desacrilizing Bill 101

J'ai parlé de cette reformulation à propos du premier pilier, mais la même chose vaut pour ii (la langue) et iii (le rapport à l'histoire).

Pour construire notre identité politique commune, il faudrait que la défense de la langue ne soit plus identifiée, comme elle l'est encore par certains ultranationalistes, à un texte de loi sacré. Il s'agit moins de compter le nombre d'amendements qu'a subis le texte originel de la loi 101, pour déterminer combien sa chair vivante a été «charcutée», que de trouver l'équilibre nécessaire, toujours à modifier, entre une langue publique dominante et les autres langues inséparables d'une société polyglotte ouverte à un monde où une lingua franca circule qui n'est pas notre langue commune. Au lieu de chercher une sécurité illusoire dans la belle totalité d'une législation définitive, nous ferions mieux d'admettre que notre situation nous posera une série de dilemmes sans fin, que nous devrions affronter avec la plus grande créativité.

Quant à notre rapport à l'histoire, c'est finalement ce qui nous divise le plus. Et à plus d'un titre. Qu'en est-il de notre histoire catholique et ultramontaine, grande refoulée de la Révolution tranquille, qui revient nous troubler après des décennies de latence dans le grand débat scolaire? Et puis, il y a le discours d'un certain indépendantisme essentialiste, qui présente la souveraineté comme la seule issue sensée et fidèle à nos 400 ans d'histoire. Mais notre avenir est à certains égards beaucoup plus ouvert que nous avons coutume de l'imaginer. Et qui plus est, pour créer une identité politique québécoise à travers notre diversité, il faut établir une conscience commune de la large gamme de choix qui est devant nous, sans délégitimation sélective préalable.

Il faut donc être impitoyable pour tous nos mythes essentialistes, qu'ils nous offrent une destination préétablie de notre histoire ou un modèle socioéconomique que nous ne saurions mettre en cause.

Y parviendrons-nous?

Who is Charles Taylor?

Professor at McGill University since 1961, Charles Taylor is currently regarded as one of the world celebrities in moral and political philosophy. Doctor from Oxford University, he was Chichele Professor and member of the All Souls College of the prestigious British institution during several years. He also taught in several other universities, of which the Université de Montréal, Princeton, Berkeley and the Institute für die Wissenschaften Vom Menschen of Vienna. Mr. Taylor published more than ten works. Let us mention inter alia Hegel, which remains a reference on the great German philosopher, Rapprocher les solitudes, Écrits sur le fédéralisme et le nationalisme au Canada, Multiculturalisme ­ Différence et démocratie, Grandeur et misère de la modernity, and his major work, Les Sources du moi, which traces a portrait of the genesis and development of the creation of the modern identity. Member of the Royal Society of Canada and fellow of the British Academy, Mr. Taylor received many awards, of which the Molson award of the Council of Arts of Canada and the Léon-Gérin award, which was decreed to him by the government of Quebec for his exceptional contribution to the intellectual and social life of Quebec. He was a vice-president of the New Democratic Party from 1966 to 1971 and member of the Conseil de la langue française from 1991 to 1996.

See also