For a nationalism open to pluralist citizenship

From Independence of Québec
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The nation, the society, the democracy
Gilles Bourque, professor of sociology at UQAM
Saturday, July 3, 1999
(In translation...)



For a nation open to pluralist citizenship. Sovereignty will now on be exercised in multiples lieus where democracy has yet to be installed.

The project of thinking the nation is not equivalent to the will to understand society. In Québec, all citizens do not spontaneously identify with the Quebec nation, as a matter of fact not all Canadians identify to the Canadian nation. The confusion between society and the nation nevertheless remains one of the recurrent characteristics of the analysis of Québec. The study of Quebec society most often goes through the prism of the nation. In the public space, this primat of the national presents itself, since the 60s, as an opposition between two radically opposed dogmatics, indépendantisme and trudeauisme. Dogmatism does not consist in occupying one of these two poles but to hold on to it obstinately. The pretention to validity thus relies on an unconditional fidelity to our first balbutiements. Here the front du salut, there the clan of refusal. The action in the real world only refers to the hope or the menace of the advent of the nation.

To be translated...

Reiteration is the privileged method in the convincing act. Indépendantisme never cesses to débusquer néofédéralism in its ranks, to se mefier of one's own prime minister, to find the referendum question, effective or apprehended, definitely too weak. Trudeauism se complaît in the role of avorteur. Refusal of biculturalism, negation of the Quebec nation in 1982, torpillage of Meech. During the 1990, this mentalité d'assiégé resulted in a double murder tentative. The Quebec nation would not exist and those who imagine it would be reinventing the old French-Canadian ethnicism. Deny the present, invalidate the past, and the future will not offer anymore surprises.

La publication, ces derniers mois, d'un nombre important de travaux sur la nation semble en partie répondre à cette provocation. La discussion systématique de ces travaux, d'une excellente tenue sur le plan intellectuel, relève de revues scientifiques. Soulignons seulement au passage que la volonté de décaper la nation et de la parer des plus beaux atours du civisme ne devrait pas conduire à avaliser ces balivernes qui réduisent les traditions canadiennes-françaises à l'ethnicisme et à l'ultramontanisme.

La nation et l'État démocratique

Changeons de posture. Partons de la société plutôt que de la nation et considérons que lorsque l'acteur social pense, il contribue tout autant à la construction de la réalité que lorsqu'il produit.

Jetons un nouveau regard sur la société québécoise. Bien sûr, j'imagine votre sourire, il nous faudra immédiatement constater que quelques millions de personnes croient faire partie de la nation québécoise. Encore, toujours, déjà la nation! Malgré notre impatience, évitons de faire la leçon aux acteurs sociaux sous le prétexte qu'ils pensent mal, en choisissant la nation québécoise plutôt que la canadienne, voire qu'ils pensent trop, en aimant les deux. Posons-nous plutôt une question. Activité qui, même pour un intellectuel, n'est pas toujours inutile. On découvre dès lors que, dans la vallée du Saint-Laurent, une très large proportion des francophones se représente comme une nation depuis la fin du XVIIIe siècle, à la même époque que les Français et les Américains. La démarche s'inscrit dans la même dynamique de formation de l'État démocratique. Au Québec, ce processus s'enclenche en 1791. Peut-on tirer avantage de tels constats?

On pourra définir la nation comme une collectivité de mémoire longue qui, dans l'État moderne, se transforme en une communauté politique. C'est dire en un ensemble de citoyens au nom desquels s'exerce le pouvoir dans les institutions de la démocratie représentative. L'exercice de la démocratie implique, en effet, la production d'un univers symbolique commun qui permet à tous les citoyens de se reconnaître et de discuter de la loi et du droit. Cet univers commun s'élabore à partir de la culture de l'une des collectivités de mémoire longue, rassemblées dans le nouvel État. Cette culture, et d'abord la langue, tient lieu d'élément fondateur de la communauté politique puisqu'elle permettra de délimiter et de nourrir l'espace symbolique commun indispensable au fonctionnement de l'espace public démocratique. En ce sens, la communauté nationale demeure tout à la fois culturelle et politique. En d'autres termes, il n'existe pas de nation culturelle qui ne soit en même temps politique.

Ce détour nous permettra de revenir à notre exemple et de nous interroger sur la différence entre les nations québécoise, française et américaine. On pourra dès lors distinguer deux grands types de nation. La nation majoritaire représente le premier type. Elle se forme à partir de l'assimilation de plusieurs collectivités différentes (les Bretons) à la culture de l'une des communautés réunies à l'origine dans l'État national (les Français). Ainsi les nations américaine, française, anglaise ou allemande. Le deuxième type, la nation minoritaire, renvoie à des collectivités de mémoire longue qui, dans l'État démocratique, ont résisté politiquement à l'assimilation et se sont représentées et imposées comme des communautés politiques distinctes (le plus souvent au niveau régional). Ainsi les nations québécoise, acadienne, écossaise, catalane, basque ou irlandaise.

Déplaçons maintenant notre regard vers ces milliers de Québécois qui se représentent aussi comme membres de nations distinctes, les nations autochtones. Encore là, évitons les leçons qui consisteraient à leur reprocher de s'être tardivement reconnues comme des membres d'une nation, de s'appuyer dans l'aventure sur une conception ethniciste et de se bercer d'illusions en cherchant à réinventer des traditions animistes et mythologiques. L'observation me permettra plutôt de distinguer, parmi mon deuxième type de nations, ces communautés dont la mémoire renvoie à ce que les Européens ont appelé la préhistoire. À partir du moment où les autochtones ont cessé d'être administrés sur la base d'une loi d'exception (la Loi sur les Indiens) et furent intégrés dans la citoyenneté canadienne, en 1960, ils voulurent se représenter comme des nations et réclamer en conséquence le droit à l'autonomie gouvernementale.

Ne nous arrêtons pas là puisque, au sein de la société québécoise, des centaines de milliers de personnes, anglophones pour la plupart, s'identifient à la nation canadienne. Abstenons-nous de les accuser de faire partie de la nation dominante ou de souligner que, dans le Québec, le souchisme anglo-saxon commence à battre de l'aile, si l'on s'en tient du moins à des facteurs démographiques. Qu'il nous suffise de constater que, dans le Canada, ces milliers d'individus se reconnaissent comme membres d'une nation majoritaire et, dans un Québec indépendant, ne manqueraient pas de s'identifier à une nation minoritaire.

Le projet nationaliste dans une société multinationale

Faisons le point. Le Québec se présente comme une société multinationale. Qu'advient-il du projet nationaliste? À moins de compter parmi les fétichistes de l'indépendance, on conviendra facilement que l'on vise à créer les conditions les plus favorables possibles à l'épanouissement d'une culture politique francophone commune. Je crains cependant que cette sorte d'instrumentalisme qui lie de façon déterministe l'émergence de ce contexte à la seule et même souveraineté ne finisse par devenir contre-productif.

Même la souveraineté ne représente pas la garantie de l'épanouissement d'une culture politique québécoise si près de 50 % de la population ne voit pas la pertinence de s'engager dans une telle démarche. La réflexion sur les conditions gagnantes renvoie bien davantage au contexte d'émergence d'une telle culture qu'à la démarche référendaire. Elle implique que nous nous penchions aussi bien sur la nature du nationalisme que sur l'exercice de la démocratie en cette fin de siècle.

On dépense actuellement beaucoup de salive à discuter de la dimension ethnique ou civique du nationalisme québécois. Ce débat risque de nous engager sur une voie de garage. Malgré l'évidente supériorité du premier sur le plan normatif, ni le nationalisme civique (majoritaire chez les souverainistes) ni le nationalisme ethnique n'ont de pertinence dans les vieilles démocraties. Il faut rappeler que le nationalisme civique a essentiellement permis de réduire la complexité des rapports sociaux. Ainsi le républicanisme français a provoqué l'homogénéité culturelle francophone grâce à la mise en oeuvre d'un processus d'assimilation des cultures minoritaires. En somme, le nationalisme civique ne reconnaît qu'une seule et même communauté nationale qui, dans l'espace public, n'attribue aucune validité aux particularités sexuelles, culturelles ou raciales des citoyens. Ce formidable rouleau compresseur, négateur des différences, a pu réaliser ses objectifs parce qu'il s'appuyait sur ces innovations que représentaient la démocratie et les grands idéaux émancipateurs de la modernité: le progrès, l'égalité, la justice. Cette époque est révolue, du moins dans sa facture initiale.

L'évolution même de la démocratie a favorisé le surgissement de la complexité. Les mouvements sociaux ont investi les instances démocratiques et fait reconnaître des droits multiples et différenciés. Cette reconnaissance des droits sociaux, nationaux, culturels et catégoriels (égalité des sexes) exclut toute possibilité de retour en arrière. Le nationalisme québécois, essentiel à la construction d'une culture politique francophone commune, ne saurait en conséquence s'épanouir dans le refus de l'hétérogénéité. Ce nationalisme doit devenir pluraliste. J'entends par là un nationalisme qui reconnaît, dans l'espace public lui-même, l'existence de nations différentes et de communautés culturelles diverses. En somme, compte tenu de la complexité même des vieilles démocraties, la société québécoise ne peut se construire que sur la base de la reconnaissance de son caractère multinational et multiculturel.

Ce nationalisme ouvert à la reconnaissance d'une citoyenneté pluraliste me semble le point de départ nécessaire au déblocage d'une situation qui divise le Québec en deux et empêche l'affirmation d'une culture politique québécoise. Il se distingue par la prise en compte de l'hétérogénéité constitutive et irréductible de la société québécoise. Seule une telle perspective peut accueillir favorablement la pluralité des appartenances à travers laquelle se reconnaissent de plus en plus les acteurs sociaux.

Cela veut dire aussi que le nationalisme doit une fois pour toutes prendre acte de la volonté de double allégeance, canado-québécoise, d'une large partie des citoyens francophones, anglophones et allophones qui votent NON au référendum (et, d'ailleurs, d'un segment significatif du camp du OUI). Il importe en même temps que les souverainistes tiennent compte de l'érosion actuelle des pouvoirs de l'État nation et, surtout, de la nécessité de la réinvention de la démocratie. La souveraineté s'exercera dorénavant en des lieux multiples (du local, au régional, au national, au mondial) où la démocratie reste à instaurer. Son exercice sera dorénavant partagé entre plusieurs paliers de gouvernement. Dans le cadre actuel de la mondialisation, si l'on peut admettre que, sur plusieurs questions, le Québec ne pourrait être mieux servi que par lui-même dans les grands forums internationaux, la démonstration n'est pas faite que, dans certains domaines, il n'a pas avantage à partager sa souveraineté avec le Canada.

On pourrait d'ailleurs tirer avantage de cette ouverture à la pluralité et à l'hétérogénéité en y trouvant enfin la légitimité nécessaire à la production d'une culture politique québécoise. Il s'agirait dès lors de convier des citoyens identifiés à des nations qui, dans le contexte québécois, peuvent toutes être considérées comme des communautés minoritaires, à l'affirmation de la seule culture politique francophone commune dans les Amériques. Ainsi le projet d'affirmer la particularité du Québec à l'échelle des Amériques, d'inventer, en somme, une américanité québécoise, pourrait se réclamer de la pleine reconnaissance de la pluralité nationale et culturelle qui prévaudrait dans notre société.

Dans une telle perspective, la question au prochain référendum, exercice encore nécessaire pour ouvrir la donne, devrait se présenter explicitement comme un compromis et référer à la double et nécessaire reconnaissance de la nation québécoise et de l'union politique canadienne. Mon collègue Jules Duchastel et moi avons déjà proposé l'idée d'une union confédérale formée de deux États associés, qui reconnaîtrait l'autonomie gouvernementale des nations autochtones. Dans la même veine, on pourrait s'inspirer avantageusement des solutions qui ont été proposées par les acteurs politiques ces vingt dernières années. Malgré sa timidité, l'accord du Lac Meech a eu le mérite d'introduire le concept de société distincte. Même s'il se présente comme une liste d'épicerie, le rapport Allaire demeure l'aboutissement d'une réflexion sérieuse sur la question de la répartition des pouvoirs. Au delà du constat que les instances du partenariat proposées au dernier référendum paraissaient très peut démocratiques, il n'en reste pas moins que le projet était fondé sur la double reconnaissance de la nation québécoise et de l'union canadienne.

S'agirait-il d'une régression ou d'une étape sur l'autoroute de l'indépendance ou, au contraire, de la menace d'y être entraîné? À vrai dire, on n'en a cure dès lors que l'on prend congé de cette obsession qui soumet le présent à un projet ou à un antiprojet sans cesse repris et toujours reporté: la parousie, ou l'assassinat de la nation québécoise.

Qui est Gilles Bourque?

Gilles Bourque est professeur titulaire au département de sociologie de l'Université du Québec à Montréal. Spécialiste dans les domaines de la sociologie politique, de l'analyse du discours et de la sociologie historique du Québec, il est membre du Centre interuniversitaire sur les transformations économiques et sociales (CRITÈRES). Ancien membre du comité de rédaction des revues Parti pris, Socialisme québécois et Cahiers du socialisme, il exerce actuellement les mêmes fonctions aux Cahiers de recherche sociologique et à Recherches sociographiques. La publication, en 1996, de L'Identité fragmentée ­ Nation et citoyenneté dans les débats constitutionnels canadiens, 1941-1992, lui a valu, ainsi qu'à son collègue Jules Duchastel, le prix Richard-Arès. Il a également publié, entre autres, Restons traditionnels et progressifs ­ Pour une nouvelle analyse du discours politique; le cas du régime Duplessis au Québec (1988), coécrit avec M. Duchastel, et, avec le même collaborateur, en plus de Jacques Beauchemin, La Société libérale duplessiste, 1944-1960 (1994).

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