From the cultural nation to the political nation: Difference between revisions
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Now, who decides together must also deliberate together, and there is no collective deliberation possible that is not framed by some fundamental agreement, on principles, on goals, on key values. Of course, these ones evolve, are even the object of partial contestation. But they could not be put into question all at once, otherwise the discussion disintegrates, it no longer organizes around common questions. We are then on the verge of rupture. | Now, who decides together must also deliberate together, and there is no collective deliberation possible that is not framed by some fundamental agreement, on principles, on goals, on key values. Of course, these ones evolve, are even the object of partial contestation. But they could not be put into question all at once, otherwise the discussion disintegrates, it no longer organizes around common questions. We are then on the verge of rupture. | ||
A democracy therefore implies a political nation and the political nation needs a common definition, at least on the matters which are generally contested. It needs what we could call a "political identity" which entertains a complex relation, but one that is fundamentally open and welcoming, with the multiple personal identities of its members. | |||
But nations are not always preoccupied with their identity. | |||
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Mais les nations ne se préoccupent pas toujours de leur identité. Ce qui nous oblige à le faire dans le Québec contemporain, c'est une diversité qui rend difficile une identité politique commune. | Mais les nations ne se préoccupent pas toujours de leur identité. Ce qui nous oblige à le faire dans le Québec contemporain, c'est une diversité qui rend difficile une identité politique commune. | ||
Revision as of 15:49, 27 September 2007
We must be pitiless with all our essentialist myths. How to "think" the nation? "Nation" has been used with two meanings for two centuries, since the dawn of the democratic era. There is the cultural or linguistic or historic nation ("the French-Canadian nation", for example) and the nation in the political sense. That one is "sovereign", it is the ensemble of those who collectively decide of their faith in a democratic regime.
Now, who decides together must also deliberate together, and there is no collective deliberation possible that is not framed by some fundamental agreement, on principles, on goals, on key values. Of course, these ones evolve, are even the object of partial contestation. But they could not be put into question all at once, otherwise the discussion disintegrates, it no longer organizes around common questions. We are then on the verge of rupture.
A democracy therefore implies a political nation and the political nation needs a common definition, at least on the matters which are generally contested. It needs what we could call a "political identity" which entertains a complex relation, but one that is fundamentally open and welcoming, with the multiple personal identities of its members.
But nations are not always preoccupied with their identity.
TO BE TRANSLATED
Mais les nations ne se préoccupent pas toujours de leur identité. Ce qui nous oblige à le faire dans le Québec contemporain, c'est une diversité qui rend difficile une identité politique commune.
Trois dimensions de notre diversité
Rappelons les trois grandes dimensions de notre diversité identitaire: 1- il y a la différence entre les autochtones, les «premières nations», et ceux qui sont venus dans la foulée de la colonisation européenne; 2- il y a la différence entre majorité francophone et minorité anglophone; et 3- il y a la diversité de ceux qui sont venus et viennent encore nous rejoindre de toutes les parties du globe.
Tout cela a créé une extraordinaire variété et une richesse d'identités personnelles. Cette multiplicité ne pose pas nécessairement de problème pour une identité politique. Si elle suscite une difficulté chez nous, c'est parce qu'elle se situe dans les lignes de force d'une identité politique complexe.
Les différentes minorités, autochtone, anglophone, allophone, ainsi que bon nombre de francophones de souche, tiennent à une identité politique à la fois canadienne et québécoise. Question en partie de prudence élémentaire pour les premiers (mieux vaut pour les minorités évoluer dans un système complexe, où on peut manoeuvrer sur deux paliers); question d'allégeance profonde pour les seconds; une préférence fort compréhensible pour les grands ensembles chez les allophones, dont les familles sont distribuées un peu partout dans les Amériques, tandis qu'une majorité des francophones de souche a hérité de cette identité complexe dont elle ne se décide pas encore à se départir.
Or il n'y a pas de problème en soi dans cette complexité, car s'il est plutôt rare de relever de deux nations culturelles, il est parfaitement normal de faire partie de deux peuples souverains. Cela est même obligatoire dans des régimes fédératifs et quasi fédératifs, d'ailleurs de plus en plus répandus de nos jours.
L'interférence du projet indépendantiste
Le problème provient plutôt de l'interférence entre cette complexité, d'une part, et un fort projet d'indépendantisme chez des francophones de souche, d'autre part. En effet, ce projet s'exprime aussi dans le langage d'une nation politique québécoise, qui serait «souveraine». On trouve souvent dans le discours indépendantiste l'idée que la nation québécoise ne serait dans une situation «normale» qu'après avoir créé un État souverain.
Comment s'étonner alors si les différentes minorités éprouvent une certain confusion et ressentent une certaine ambiguïté dans tout appel qui leur est adressé d'appartenir de plain-pied à la nation politique québécoise? À quoi les invite-t-on, au juste? Quelle est l'identité politique à laquelle on leur propose de souscrire?
Je parle ici d'invitation car notre problème vient visiblement d'une réticence chez les minorités des trois dimensions de diversité à adhérer de plein coeur à un peuple québécois trans-ethnique. D'aucuns peuvent prétendre que le problème se situe aussi chez la majorité, que sa volonté d'inclure les autres n'est pas très forte, voire qu'elle les repousse. Or on ne peut nier qu'il existe des sentiments d'exclusion chez la majorité francophone, comme dans toute société moderne, mais ces réactions sont de moins en moins légitimées et diminuent avec le temps. L'invitation à appartenir à la nation politique québécoise a bel et bien été lancée aux minorités, mais les destinataires hésitent à y répondre.
Or la réticence de ceux-ci vient de l'incertitude, voire de la méfiance à propos du sens de la proposition qui leur est faite. Elle a deux sens possibles.
1- On peut vous demander d'adhérer à un peuple dont le destin «normal» est d'atteindre l'indépendance; l'identité politique dans ce cas englobera l'indépendance comme élément fixe du cadre; ou bien 2- on vous propose de faire partie d'un peuple, sans référence à son statut constitutionnel éventuel. Cela n'exclut ni l'indépendance, ni le fédéralisme, mais définit l'identité politique sans référence ni à l'un ni à l'autre.
Il me semble clair, vu l'attachement des minorités à la double identité canadienne et québécoise, que l'unique base d'une nation politique québécoise trans-ethnique se situe dans le point n° 2. Comment la définir?
Trois éléments de la nation politique
Il me semble qu'elle doit comporter trois éléments essentiels: i- une éthique politique, essentiellement définie par les droits humains, l'égalité et la démocratie; ii- le français comme langue publique; iii- un certain rapport à notre histoire.
Il est clair que chacun de ces éléments est le site de contestations importantes. Et cela est inévitable. Qui pourrait prétendre avoir défini une fois pour toutes ce que la démocratie et les droits humains exigent pour notre temps? Et l'aurait-on fait que les temps qui changent nous auraient mis devant une nouvelle situation, exigeant d'autres mesures. On devrait dire même qu'une certaine ouverture est essentielle ici, que toute société qui change, et surtout qui se renouvelle en partie par l'immigration, doit s'attendre à des redéfinitions récurrentes de ses références de base.
Contestations importantes, mais non pas globales. On ne saurait maintenir dans la même identité politique un rejet de principe des droits humains ou une proposition d'abandonner le français comme langue publique. Non pas que de telles idées se présentent dans le Québec actuel, mais elles seraient des points de rupture qui rendraient impossible toute identité politique commune.
Mais qu'en est-il du rapport à l'histoire? Pourquoi est-il nécessaire? Parce que chaque société politique est non seulement définie par une certaine éthique - elle est par exemple démocratique -, elle constitue un certain projet historique, une certaine tentative de réaliser cette forme de vie. Ce à quoi on est invité à participer, ce n'est pas à la démocratie dans l'abstrait, mais à ce projet bien défini et concret: la démocratie dans les institutions parlementaires britanniques, mais vécue en français; une démocratie francophone, mais séparée de l'Hexagone par toute l'épaisseur de son histoire ultramontaine et de sa situation américaine. On pourrait citer bien d'autres traits marquants de notre projet, mais il est déjà évident que ce qui lui donne sa réalité concrète, c'est précisément son passé, tout ce qui est survenu pour que sa situation actuelle soit ce qu'elle est. Comme membre d'un peuple, on n'arrive jamais au début du film; le récit des événements est déjà en cours. On doit lui trouver un sens avant de conter sa propre histoire.
Prolonger notre histoire
Mais ce sens même sera-t-il contesté? Inévitablement. Nous trouverons différentes façons de prolonger cette histoire. Rien n'est moins évident chez nous, où d'aucuns prétendent que l'aboutissement normal de nos derniers 400 ans d'existence est un état indépendant, alors que d'autres refusent cette solution au nom de l'appartenance à un plus grand ensemble. Mais ce qui nous relie ensemble comme membres d'un même peuple, c'est que nous proposons de continuer cette même histoire, si divergentes que soient nos lectures. Le geste fatal serait de dire: puisque tout cela nous divise, oublions le passé et concentrons-nous sur les problèmes de l'heure. C'est un recours séduisant dans le monde libéral moderne, où la jeunesse prend le pas sur l'âge et l'avenir sur le passé.
Mais dès qu'on adopte cette ligne, on dissout les bases de notre identité politique, c'est-à-dire de notre existence comme peuple. Car les problèmes de l'heure sont les problèmes de quelqu'un. De qui parle-t-on quand on dit: «nos problèmes»? La réponse à cette question, comme à toute question identitaire, fait nécessairement référence au passé, celui d'une longue existence commune, celle des francophones de souche, marquée au départ d'une rencontre essentielle, celle des autochtones, et profondément modifiée par la suite par d'autres alliages, anglophones et allophones.
Notre identité politique a donc trois piliers essentiels. Chacun comporte une référence essentielle au passé. Mais ils peuvent et doivent être taillés de nouveau, recevoir de nouvelles formes aux mains des générations succédantes, à commencer par celle qui vit maintenant. Le primordialisme est un danger qui guette toutes les sociétés, de nos jours, en face du changement et de la diversité galopants, et pas seulement les sociétés qu'on qualifie de «fondamentalistes». Même les sociétés libérales sont tentées de se cramponner à certaines formes traditionnelles, prétendument «fondatrices».
Prenons un exemple actuel. Une certain séparation entre l'Église et l'État est incontournable dans une démocratie diversifiée. Mais cela ne justifie nullement une certaine rigidité autour des formes traditionnelles et quasi sanctifiées qu'a prises cette séparation dans une société donnée, comme le «wall of separation» américain ou la «laïcité» française.
Cette entente de base sur la reformulation de l'essentiel est probablement nécessaire à toute société démocratique contemporaine, mais elle est d'autant plus incontournable pour des sociétés qui se renouvellent par l'immigration. C'est leur façon de dire aux nouveaux venus que tout n'est pas figé dans le concret, qu'ils auront leur mot à dire dans la redéfinition de leur nouveau pays. (D'ailleurs, la catégorie de sociétés vivant de l'immigration s'élargit bien au delà de celles traditionnellement reçues comme telles. Songeons à la nouvelle loi de citoyenneté allemande.)
Bref, l'identité politique, à l'instar de son homologue personnelle, devrait être admise comme réalité en instance constante de reformulation, saisissable seulement dans son cadre narratif, selon la suggestion féconde de Jocelyn Maclure («Authenticités québécoises», dans Globe, vol. 1, n° 1).
Désacraliser la loi 101
J'ai parlé de cette reformulation à propos du premier pilier, mais la même chose vaut pour ii (la langue) et iii (le rapport à l'histoire).
Pour construire notre identité politique commune, il faudrait que la défense de la langue ne soit plus identifiée, comme elle l'est encore par certains ultranationalistes, à un texte de loi sacré. Il s'agit moins de compter le nombre d'amendements qu'a subis le texte originel de la loi 101, pour déterminer combien sa chair vivante a été «charcutée», que de trouver l'équilibre nécessaire, toujours à modifier, entre une langue publique dominante et les autres langues inséparables d'une société polyglotte ouverte à un monde où une lingua franca circule qui n'est pas notre langue commune. Au lieu de chercher une sécurité illusoire dans la belle totalité d'une législation définitive, nous ferions mieux d'admettre que notre situation nous posera une série de dilemmes sans fin, que nous devrions affronter avec la plus grande créativité.
Quant à notre rapport à l'histoire, c'est finalement ce qui nous divise le plus. Et à plus d'un titre. Qu'en est-il de notre histoire catholique et ultramontaine, grande refoulée de la Révolution tranquille, qui revient nous troubler après des décennies de latence dans le grand débat scolaire? Et puis, il y a le discours d'un certain indépendantisme essentialiste, qui présente la souveraineté comme la seule issue sensée et fidèle à nos 400 ans d'histoire. Mais notre avenir est à certains égards beaucoup plus ouvert que nous avons coutume de l'imaginer. Et qui plus est, pour créer une identité politique québécoise à travers notre diversité, il faut établir une conscience commune de la large gamme de choix qui est devant nous, sans délégitimation sélective préalable.
Il faut donc être impitoyable pour tous nos mythes essentialistes, qu'ils nous offrent une destination préétablie de notre histoire ou un modèle socioéconomique que nous ne saurions mettre en cause.
Y parviendrons-nous?
Qui est Charles Taylor?
Professeur à l'université McGill depuis 1961, Charles Taylor est actuellement considéré comme l'une des sommités mondiales en philosophie morale et politique. Docteur de l'université d'Oxford, il a été Chichele Professor et membre de l'All Souls College de la prestigieuse institution britannique pendant plusieurs années. Il a également enseigné dans plusieurs autres universités, dont l'Université de Montréal, Princeton, Berkeley et l'Institut für die Wissenschaften Vom Menschen de Vienne. M. Taylor a publié plus d'une dizaine d'ouvrages. Mentionnons entre autres Hegel, qui reste une référence sur le grand philosophe allemand, Rapprocher les solitudes Écrits sur le fédéralisme et le nationalisme au Canada, Multiculturalisme Différence et démocratie, Grandeur et misère de la modernité, et son maître-livre, Les Sources du moi, qui trace un portrait de la genèse et du développement de la conception de l'identité moderne. Membre de la Société royale du Canada et fellow de la British Academy, M. Taylor a reçu de nombreux prix, dont le prix Molson du Conseil des arts du Canada et le prix Léon-Gérin, qui lui fut décerné par le gouvernement du Québec pour sa contribution exceptionnelle à la vie intellectuelle et sociale du Québec. Il a été vice-président du Nouveau Parti démocratique de 1966 à 1971 et membre du Conseil de la langue française de 1991 à 1996.