Meeting with English-speaking sovereignists. Québec, my country
This is an unofficial translation of an article entitled Rencontre avec des souverainistes anglophones. Québec, my country, written by Gabrielle Duchaine-Baillargeon for Montréal Campus, the student newspaper of the Université du Québec à Montréal.
Patrick Frenioz, 24 ans, est né d’une mère terre-neuvienne et d’un père français. Originaire de Montréal, il a toujours parlé l’anglais à la maison. Il a fréquenté des établissements anglophones tout au long de sa scolarité et la plupart de ses amis ont l’anglais comme langue maternelle. Depuis trois ans, le bachelier de l’Université Concordia en sciences politiques croit à la souveraineté du Québec.
«Au cours de mon bac, je me suis rendu compte que la fédération canadienne était une utopie, explique Patrick Frenioz. C’est une alliance qui n’est pas naturelle. Les gouvernements passent plus de temps à régler des conflits entre des provinces qui n’ont pratiquement rien en commun, qu’à défendre les intérêts des citoyens.»
Bien que l’idéologie politique du bachelier soit rare parmi les anglophones, les partis souverainistes ont toujours eu leur lot de sympathisants issus de ce groupe, tel l’ancien adjoint parlementaire de Lucien Bouchard, David Payne, ou l’ancien ministre délégué à la Santé du Parti québécois, David Levine.
La proportion serait même croissante. Selon l’Annuaire du Québec 2006, 21,8% des anglophones âgés de 18 à 55 ans auraient voté «oui» si un référendum avait été tenu en 2005, contrairement à 11% en 1995. «Cette augmentation est observée chez les jeunes anglophones, mieux intégrés au Québec contemporain, explique l’un des sondeurs, Simon Langlois. N’oublions pas que certains d’entre eux sont issus de mariages mixtes. Ils sont donc anglophones de langue maternelle, mais ils font aussi partie du Québec contemporain, auquel ils s’identifient.»
Selon le professeur au département d’études urbaines et touristiques de l’UQAM Calvin Veltman, les anglophones d’outre-mer sont plus susceptibles de soutenir le projet souverainiste. «Les gens qui viennent d’ailleurs et qui n’ont pas vécu les deux solitudes du Canada s’attachent plus facilement à leur province d’adoption», soutient-il.
Américain d’origine, Calvin Veltman est aussi un nationaliste québécois. «Quand je me suis installé ici, j’ai trouvé que les anglophones était très racistes envers les francophones, raconte-t-il. Je me suis donc intégré à la communauté francophone et j’ai découvert la culture de mon nouveau pays. À l’époque, j’ai milité pour défendre les droits des Québécois francophones.»
Avec le temps, Calvin Veltman a perdu un peu de sa ferveur politique. «La situation a beaucoup changé. Il y a plus de mixité, plus de mariages interculturels et plus de respect entre les deux groupes linguistiques.»
À la défense du français
Le programme du Parti québécois stipule qu’«il y a urgence d’établir un Québec souverain avec, au premier plan, l’urgence d’assurer que le Québec demeure un territoire de langue et de culture française; [que] cela est le cœur du projet souverainiste.» Certains anglophones adhèrent à l’idée de la souveraineté, bien qu’elle vise principalement à protéger un autre groupe linguistique.
Robin Philpot, auteur du livre Référendum volé et futur candidat du Parti québécois dans Saint-Henri-Sainte-Anne, est un fervent partisan de la séparation du Québec. Né en Ontario, l’écrivain s’est installé à Montréal à l’âge de 25 ans, après s’être lié d’amitié avec des Québécois durant un séjour en Afrique. Malgré ses origines et un accent anglais bien senti, l’homme se considère complètement Québécois.
Pour Robin Philpot, la souveraineté relève bien plus de la politique que de la génétique. «Le gouvernement fédéral a tout fait pour ethniciser le débat et pour promouvoir l’idée que les francophones sont séparatistes et que les anglophones sont fédéralistes, dit-il. La souveraineté permettrait justement de mettre fin à cette idée. On ne serait plus défini par son origine mais bien par un pays, le Québec.»
Patrick Frenioz est du même avis. «La majorité des gens pensent que tous les francophones votent pour le Parti québécois et que tous les anglophones votent pour les libéraux. Bien évidemment, ce n’est pas le cas. J’en suis le meilleur exemple.» Quant à protéger la langue française, le jeune homme qui a appris la langue de Molière en jouant au hockey est d’accord. «J’apprécie le fait de pouvoir parler deux langues et je ne voudrais pas perdre le français au profit de l’anglais.»
Les anglophones compréhensifs
S’ils ne se disent pas séparatistes, nombre d’anglophones sont tout de même sympathisants à la cause souverainiste. «Les anglophones du Québec vivent dans un environnement où la majorité de la population est francophone et où l’histoire et la culture de la province leur sont relativement étrangères, explique le professeur au département de sociologie de l’UQAM Robert Papen. Ils comprennent ce que ça représente de vivre en étant minoritaire.»
Selon les experts, plusieurs anglophones votent pour le Parti québécois, sans être nécessairement d’allégeance souverainiste. «Le PQ est considéré comme étant le parti de gauche au Québec, soutient Calvin Veltman. C’est la meilleure option pour les gens qui sont plus socialistes.» Robin Philpot abonde dans ce sens. «Quand je me suis installé au Québec, les idées progressistes venaient plus du PQ que du Parti libéral. À l’époque, plusieurs anglophones étaient péquistes.»
Si le mouvement souverainiste fait des adeptes dans les milieux anglophones, certains pourraient être tentés de changer de camp dans l’optique d’une réorganisation de l’État. «Une redistribution de plus de pouvoirs aux provinces serait une solution aussi bonne que la séparation du Québec, croit Patrick Frenioz. Ce n’est pas parce que les autres provinces n’ont pas de parti souverainiste qu’elles sont pour autant satisfaites de la fédération canadienne.»