The Insurgent Prince

From Independence of Québec
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Andrée Ferretti Le Devoir
samedi 10 mars 2007

We were holding a meeting of the members of the executive council and the delegates of various action committees of the Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) in the greater Montreal region, immense territory which, in our structures, included the municipalities of the North Shore and the South Shore, in a radius of many dozens of kilometers. As soon as I saw him appear, as he was entering the room, I told myself: "He is a prince."

I was not mistaken.

Not because he wore with elegance an impeccable full three-piece of English cut, neither because he had a majestic walk and the salute of a perfect courtesy, nor even because he enchanted me by his extravagance when, having hardly taken seat around the table, he suddenly invited us to discover the Beatles, affirming that this group was revolutionizing popular music, but because everything in the attitude of Hubert Aquin revealed a free man.

This was in September 1963.

For the first time, I was meeting in flesh and in spirit a French Canadian who was alienated in a no way, who was independentist by the nobility of his naturally free self, who fought for the emancipation of his nation, not only, nor initially, to free it from the colonialism which maintained it in a state of political, economic and cultural inferiority, but primarily to have it reach the dignity of its "being there" as a unique and irreplaceable existence in the world and history.

He was returning from a voyage in Greece from which he said that he had not returned, of which he said that he would return only with the proclamation of the independence of Quebec, event which would make possible the advent of a national thought that would at the same time be original and adequate to the level of development of Western thought. He was the first French-Canadian intellectual of haute voltige and great envergure whom I met who did not have any tendency to clear himself from it, not more than to dwell too long on our nationalist claims, who, on the contrary, considered that the time had come for the French-Canadian nation to free itself from it completely, to define and to situate itself as an already free subject, able to project itself in the world as carrying a new national conscience, different and creative, Québécois, which Gaston Miron expressed a little later in a luminous sentence: it is not the nationalism which matters, it is the national conscience.

I was dazzled without being subjugated, whereas on the contrary, it seemed to me, by observing their uneasiness, that several rinist leaders, including its more inspiring and its more mobilizing ones, were fascinated without being at all allured by the exceptional freedom of this compatriot. Although newly arrived in this assembly of the persons in charge, I even had the impudence to think that the attitude so completely free of this companion in battled rather worried them, because it suggested a possible insubordination to the programs and the strategies of the RIN. Which did not fail to occur on several occasions, particularly at the moment of the scuttling of the party. Hubert Aquin, indeed, severely condemned this sabotage in a letter addressed to André d’Allemagne and to Pierre Bourgault, which one can read again in Blocs erratiques. This brief text shows, like so many others, the perspicacity of this committed intellectual and also the painful consternation in which the turpitudes enabling him to see before everyone else plunged him.

On the field

J’ai eu, entre octobre 1963 et juin 1964, le privilège de l’accompagner quelques fois dans différentes régions du Québec où nous étions invités à prendre la parole sur les tribunes des mêmes assemblées publiques. Je peux témoigner qu’Hubert Aquin n’était pas un orateur, mais l’audace de son intelligence, la radicalité de sa pensée, l’acuité de ses analyses et l’érudition de ses propos emportaient le discours au-delà de lui-même, le laissant se déployer dans le langage approprié, dans des propos complexes, exigés par la complexité même de la situation.

Il m’apparaissait clairement qu’Hubert Aquin ne désirait pas susciter des adhésions faciles. Son pessimisme profond devant tous nos échecs précédents le lui interdisait. Il voulait plutôt amener ses compatriotes à une compréhension profonde et irréversible de la nécessité de l’indépendance et de son enjeu fondamental, à savoir la liberté d’être soi-même, quel que soit le prix provisoire à payer pour acquérir une telle richesse.

S’il est indéniable qu’il n’avait aucune aptitude à soulever les foules, je peux en revanche témoigner de son talent à éveiller chez les auditeurs le besoin des interrogations et de la réflexion, et le désir de l’action, ce qui se manifestait immanquablement à la période des questions, alors que, de manière imprévisible, compte tenu de la tiède réception réservée à son allocution, la moitié des personnes présentes se bousculaient au micro. S’engageaient alors entre le conférencier et le public des discussions étonnantes, inséparablement de haut niveau d’expression et d’engagement passionné, résultat, je le pense, de la projection involontaire, parce que naturelle, qu’Hubert Aquin offrait de lui : un prince insurgé. « Vous parlez comme dans un grand livre, lui dit, un soir, un homme très âgé, mais je comprends que vous êtes un vrai rebelle, comme l’étaient nos Patriotes. » Il ajouta : « Comme Louis-Joseph Papineau, vous êtes un grand monsieur. »

Car il s’agissait bien de cela. De l’engagement dans la lutte d’un homme personnellement libéré des conséquences aliénantes du maintien séculaire de sa nation sous la domination d’un État étranger, aux intérêts contraires aux siens, et qui par conséquent souffrait dans toutes les fibres de son être de l’assujettissement de ses compatriotes et de leur impuissance à se vaincre. « Mon pays me fait mal. Son échec prolongé m’a jeté par terre », écrira-t-il bientôt dans Prochain épisode. Il se joignait au mouvement indépendantiste renaissant, qui mobilisait déjà des milliers de militants afin de lutter avec eux pour la liberté de ses compatriotes. Comme plusieurs autres combattants, il avait une conscience aiguë de la vanité des luttes menées sur le terrain de l’ennemi et dans les règles établies par celui-ci. Malheureusement, pas plus qu’aucun d’entre eux, il n’était doué pour la stratégie. C’est ainsi qu’à l’été 1964, de la manière la plus follement paradoxale, il annonça avec tambours et trompettes qu’il entrait dans la clandestinité, ce qui le conduisit, en moins de trois semaines, dans une geôle canadian, d’où il était bientôt transféré dans un hôpital psychiatrique, ce qui en dit long sur notre propension collective à déconsidérer d’emblée tout acte politique subversif. Quelques mois plus tard, il sortait de l’Institut Pinel, le manuscrit de Prochain épisode dans les mains. Un grand romancier était né, nous était donné.

Il se réengagea pourtant, de manière sporadique, dans l’action militante, jusqu’à quelques semaines avant la disparition du RIN. Nos rencontres, à cette période, furent rares et difficiles, les hommes de cette époque, Hubert Aquin comme les autres, n’appréciant pas les femmes qui s’affirmaient avec assurance et un certain succès.

Ni lui ni moi, cependant, n’avons été tentés de nous joindre au Parti québécois, dans les premières années de son existence. Pour ma part, j’y ai toutefois milité à l’occasion des campagnes électorales et référendaires. En ce qui concerne Hubert Aquin, j’ignore tout de sa relation avec le Parti québécois, si tant est qu’il en ait entretenu une. Ce n’est donc qu’à la fin de l’hiver 1975 que je l’ai revu, un midi, dans son bureau de directeur des Éditions La Presse où il m’avait invitée à le rejoindre, pour aller ensuite dîner ensemble. J’avais devant moi un homme défait. Aussi princier, aussi insurgé qu’au début des années 1960, mais si profondément blessé par notre inconsistance nationale, par l’indigence intellectuelle et la déloyauté envers le peuple de notre élite politique, économique et culturelle et, plus que tout, par l’incohérence de l’ensemble du mouvement indépendantiste, soumis à l’hégémonie du Parti québécois et à sa stratégie étapiste, qu’il sentait devenir de plus en plus infranchissable l’écart qui se creusait entre sa vision du Québec et sa réalité.

Avec son intelligence habituelle des contradictions des situations et des discours abêtissants, il voyait les effets néfastes de la médiocrité galopante à l’oeuvre dans notre société. Plus la parole est médiocre, me disait-il, moins elle est représentative et plus elle est caractéristique. La banalité instaurée en système est un véritable masque des déficiences de la pensée et du sentiment. Et je voyais que cette perception qu’il avait de la dégradation de notre société nationale le faisait souffrir démesurément. L’écart entre sa pensée et l’expression de cette pensée et la référence commune était devenu si grand à ses yeux qu’il se croyait privé à jamais de toute fonction dynamique.

Le prince insurgé était seul, comme il se doit, mais Hubert Aquin avait apparemment perdu un peu de la liberté qui lui avait jusque-là permis de l’assumer.

http://www.vigile.net/article5107.html