Extrait de L'homme rapaillé de Gaston Miron: Difference between revisions
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=== Notes sur le non-poème et le poème - extraits === | === Notes sur le non-poème et le poème - extraits === | ||
Je parle seulement pour moi et quelques autres puisque beaucoup de ceux qui ont parole se déclarent satisfaits. | Je parle seulement pour moi et quelques autres puisque beaucoup de ceux qui ont parole se déclarent satisfaits. <br /> | ||
VOYEZ LES MANCHETTES. | VOYEZ LES MANCHETTES. | ||
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CECI est agonique | CECI est agonique <br /> | ||
CECI de père en fils jusqu'à moi | CECI de père en fils jusqu'à moi | ||
Le non-poème | Le non-poème <br /> | ||
c'est ma tristesse | c'est ma tristesse <br /> | ||
ontologique | ontologique <br /> | ||
la souffrance d'être un autre | la souffrance d'être un autre | ||
Le non-poème | Le non-poème <br /> | ||
ce sont les conditions subies sans espoir | ce sont les conditions subies sans espoir <br /> | ||
de la quotidienne altérité | de la quotidienne altérité | ||
Le non-poème | Le non-poème <br /> | ||
c'est mon historicité | c'est mon historicité <br /> | ||
vécue par substitutions | vécue par substitutions | ||
Le non-poème | Le non-poème <br /> | ||
c'est ma langue que je ne sais plus reconnaître | c'est ma langue que je ne sais plus reconnaître <br /> | ||
des marécages de mon esprit brumeux | des marécages de mon esprit brumeux <br /> | ||
à ceux des signes aliénés de ma réalité | à ceux des signes aliénés de ma réalité | ||
Le non-poème | Le non-poème <br /> | ||
c'est la dépolitisation maintenue | c'est la dépolitisation maintenue <br /> | ||
de ma permanence | de ma permanence | ||
Or le poème ne peut se faire | Or le poème ne peut se faire <br /> | ||
que contre le non-poème | que contre le non-poème <br /> | ||
ne peut se faire qu'en dehors du non-poème | ne peut se faire qu'en dehors du non-poème <br /> | ||
car le poème est émergence | car le poème est émergence <br /> | ||
car le poème est transcendance | car le poème est transcendance <br /> | ||
dans l'homogénéité d'un peuple qui libère | dans l'homogénéité d'un peuple qui libère <br /> | ||
sa durée inerte tenue emmurée | sa durée inerte tenue emmurée | ||
Le poème, lui, est debout | Le poème, lui, est debout <br /> | ||
dans la matrice culture nationale | dans la matrice culture nationale <br /> | ||
il appartient | il appartient <br /> | ||
avec un ou dix mille lecteurs | avec un ou dix mille lecteurs <br /> | ||
sinon il n'est que la plainte ininterrompue | sinon il n'est que la plainte ininterrompue <br /> | ||
de sa propre impuissance à être | de sa propre impuissance à être <br /> | ||
sinon il se traîne dans l'agonie de tous | sinon il se traîne dans l'agonie de tous | ||
(Ainsi je deviens | (Ainsi je deviens <br /> | ||
illisible aux conditions de l'altérité | illisible aux conditions de l'altérité <br /> | ||
- What do you want? disent-ils - | - What do you want? disent-ils - <br /> | ||
ainsi je deviens | ainsi je deviens <br /> | ||
concret à un peuple) | concret à un peuple) | ||
Poème, je te salue | Poème, je te salue <br /> | ||
dans l'unité refaite du dedans et du dehors | dans l'unité refaite du dedans et du dehors <br /> | ||
ô contemporanéité flambant neuve | ô contemporanéité flambant neuve <br /> | ||
je te salue, poème, historique, espèce | je te salue, poème, historique, espèce | ||
et présent de l'avenir | et présent de l'avenir | ||
Le poème, ici, a commencé | Le poème, ici, a commencé <br /> | ||
d'actualiser | d'actualiser <br /> | ||
le poème, ici, a commencé | le poème, ici, a commencé <br /> | ||
d'être souverain | d'être souverain | ||
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Mon poème | Mon poème <br /> | ||
comme le souffle d'un monde affalé contre sa | comme le souffle d'un monde affalé contre sa <br /> | ||
mort | mort <br /> | ||
qui ne vient pas | qui ne vient pas <br /> | ||
qui ne passe pas | qui ne passe pas <br /> | ||
qui ne délivre pas | qui ne délivre pas | ||
Comme une suite de mots moribonds en héritage | Comme une suite de mots moribonds en héritage <br /> | ||
comme de petits flocons de râles aux abords | comme de petits flocons de râles aux abords <br /> | ||
des lèvres | des lèvres <br /> | ||
comme dans les étendues diffuses de mon corps | comme dans les étendues diffuses de mon corps <br /> | ||
mon poème | mon poème <br /> | ||
entre haleine et syncopes | entre haleine et syncopes <br /> | ||
ce faible souffle phénix d'un homme cerné | ce faible souffle phénix d'un homme cerné <br /> | ||
d'irréel | d'irréel <br /> | ||
dans l'extinction de voix d'un peuple granulé | dans l'extinction de voix d'un peuple granulé <br /> | ||
dans sa déréliction pareille aux retours des | dans sa déréliction pareille aux retours des <br /> | ||
saisons | saisons <br /> | ||
une buée non repérable dans le miroir du | une buée non repérable dans le miroir du <br /> | ||
monde | monde <br /> | ||
mon poème | mon poème <br /> | ||
ce poème-là | ce poème-là <br /> | ||
paix à tes cendres | paix à tes cendres | ||
Revision as of 14:19, 5 June 2007
Aliénation délirante - recours didactique
...
Notes sur le non-poème et le poème - extraits
Je parle seulement pour moi et quelques autres puisque beaucoup de ceux qui ont parole se déclarent satisfaits.
VOYEZ LES MANCHETTES.
Je parle de CECI.
CECI, mon état d'infériorité collectif. CECI, qui m'agresse dans mon être et ma qualité d'homme espèce et spécifique. En dehors tout ensemble qu'en dedans. Je parle de ce qui sépare. CECI, les conditions qui me sont faites et que j'ai fini par endosser comme une nature. CECI, qui sépare le dedans et le dehors en faisant des univers opaques l'un à l'autre.
oui, à Jacques Berque
CECI est agonique
CECI de père en fils jusqu'à moi
Le non-poème
c'est ma tristesse
ontologique
la souffrance d'être un autre
Le non-poème
ce sont les conditions subies sans espoir
de la quotidienne altérité
Le non-poème
c'est mon historicité
vécue par substitutions
Le non-poème
c'est ma langue que je ne sais plus reconnaître
des marécages de mon esprit brumeux
à ceux des signes aliénés de ma réalité
Le non-poème
c'est la dépolitisation maintenue
de ma permanence
Or le poème ne peut se faire
que contre le non-poème
ne peut se faire qu'en dehors du non-poème
car le poème est émergence
car le poème est transcendance
dans l'homogénéité d'un peuple qui libère
sa durée inerte tenue emmurée
Le poème, lui, est debout
dans la matrice culture nationale
il appartient
avec un ou dix mille lecteurs
sinon il n'est que la plainte ininterrompue
de sa propre impuissance à être
sinon il se traîne dans l'agonie de tous
(Ainsi je deviens
illisible aux conditions de l'altérité
- What do you want? disent-ils -
ainsi je deviens
concret à un peuple)
Poème, je te salue
dans l'unité refaite du dedans et du dehors
ô contemporanéité flambant neuve
je te salue, poème, historique, espèce
et présent de l'avenir
Le poème, ici, a commencé
d'actualiser
le poème, ici, a commencé
d'être souverain
Je me hurle dans mes harnais. Je sais ce que je sais, CECI, ma culture polluée, mon dualisme linguistique, CECI, le non-poème, qui a détruit en moi jusqu'à la racine l'instinct même du mot français. Je sais, comme une bête dans son instinct de conservation, que je suis l'objet d'un processus d'assimilation, comme homme collectif, par la voie légaliste (le statu quo structurel) et démocratique (le rouleau compresseur majoritaire). Je parle de ce qui me regarde, le langage, ma fonction sociale comme poète, à partir d'un code commun à un peuple. Je dis que la langue est le fondement même de l'existence d'un peuple, parce qu'elle réfléchie la totalité de sa culture de signes, en signifiés, en signifiance. Je dis que je suis atteint dans mon âme, mon être, je dis que l'altérité pèse sur nous comme un glacier qui fond sur nous, qui nous déstructure, nous englue, nous dilue. Je dis que cette atteinte est la dernière phase d'une dépossession de soi comme être, ce qui suppose qu'elle a été précédée par l'aliénation du politique et de l'économique. Accepter CECI c'est me rendre complice de l'aliénation de mon âme de peuple, de sa disparition en l'Autre. Je dis que la disparition d'un peuple est un crime contre l'humanité, car c'est priver celle-ci d'une manifestation différenciée d'elle-même. Je dis que personne n'a le droit d'entraver la libération d'un peuple qui a pris conscience de lui-même et de son historicité.
En CECI le poème se dégrade. En CECI le poème prend tous les masques d'une absence, la nôtre-mienne. Mais contestant CECI, absolument, le poème s'essaie, puis retombe dans l'enceinte de son en-deçà. Ô poème qui s'essaie, dont la langue n'a pas de primum vivere, poème en laisse, pour la dernière fois je m'apitoie sur toi, avec nos deux siècles de saule pleureur dans la voix.
Mon poème
comme le souffle d'un monde affalé contre sa
mort
qui ne vient pas
qui ne passe pas
qui ne délivre pas
Comme une suite de mots moribonds en héritage
comme de petits flocons de râles aux abords
des lèvres
comme dans les étendues diffuses de mon corps
mon poème
entre haleine et syncopes
ce faible souffle phénix d'un homme cerné
d'irréel
dans l'extinction de voix d'un peuple granulé
dans sa déréliction pareille aux retours des
saisons
une buée non repérable dans le miroir du
monde
mon poème
ce poème-là
paix à tes cendres
l'amnésie de naissance
Où en suis-je en CECI? Qu'est-ce qui se passe en CECI? Par exemple, je suis au carrefour Sainte-Catherine et Papineau, le calendrier marque 1964, c'est un printemps de mai. CECI, figé, avec un murmure de nostalgie, se passe tout aussi bien en 1930 qu'en 1956. Je suis jeune et je suis vieux tout à la fois. Où que je sois, où que je déambule, j'ai le vertige comme un fil à plomb. Je n'ai pas l'air étrange, je suis étranger. Depuis la palpitation la plus basse de ma vie, je ses monter en moi les marées végétales et solaires d'un printemps, celui-ci ou un autre, car tout se perd à perte de sens et de conscience. Tout est