Extrait de L'homme rapaillé de Gaston Miron: Difference between revisions

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== Aliénation délirante - recours didactique ==
#REDIRECT [[biblio:L'homme rapaillé]]
 
...
 
=== Notes sur le non-poème et le poème - extraits ===
 
Je parle seulement pour moi et quelques autres puisque beaucoup de ceux qui ont parole se déclarent satisfaits. <br />
VOYEZ LES MANCHETTES.
 
Je parle de CECI.
 
CECI, mon état d'infériorité collectif. CECI, qui m'agresse dans mon être et ma qualité d'homme espèce et spécifique. En dehors tout ensemble qu'en dedans. Je parle de ce qui sépare. CECI, les conditions qui me sont faites et que j'ai fini par endosser comme une nature. CECI, qui sépare le dedans et le dehors en faisant des univers opaques l'un à l'autre.
 
 
''oui, à [[Wikipedia:fr:Jacques Berque|Jacques Berque]]''
 
 
CECI est agonique <br />
CECI de père en fils jusqu'à moi
 
 
Le non-poème <br />
c'est ma tristesse <br />
ontologique <br />
la souffrance d'être un autre
 
Le non-poème <br />
ce sont les conditions subies sans espoir <br />
de la quotidienne altérité
 
Le non-poème <br />
c'est mon historicité <br />
vécue par substitutions
 
Le non-poème <br />
c'est ma langue que je ne sais plus reconnaître <br />
des marécages de mon esprit brumeux <br />
à ceux des signes aliénés de ma réalité
 
 
Le non-poème <br />
c'est la dépolitisation maintenue <br />
de ma permanence
 
 
Or le poème ne peut se faire <br />
que contre le non-poème <br />
ne peut se faire qu'en dehors du non-poème <br />
car le poème est émergence <br />
car le poème est transcendance <br />
dans l'homogénéité d'un peuple qui libère <br />
sa durée inerte tenue emmurée
 
Le poème, lui, est debout <br />
dans la matrice culture nationale <br />
il appartient <br />
avec un ou dix mille lecteurs <br />
sinon il n'est que la plainte ininterrompue <br />
de sa propre impuissance à être <br />
sinon il se traîne dans l'agonie de tous
 
(Ainsi je deviens <br />
illisible aux conditions de l'altérité <br />
- What do you want? disent-ils - <br />
ainsi je deviens <br />
concret à un peuple)
 
 
Poème, je te salue <br />
dans l'unité refaite du dedans et du dehors <br />
ô contemporanéité flambant neuve <br />
je te salue, poème, historique, espèce
et présent de l'avenir
 
 
Le poème, ici, a commencé <br />
d'actualiser <br />
le poème, ici, a commencé <br />
d'être souverain
 
 
Je me hurle dans mes harnais. Je sais ce que je sais, CECI, ma culture polluée, mon dualisme linguistique, CECI, le non-poème, qui a détruit en moi jusqu'à la racine l'instinct même du mot français. Je sais, comme une bête dans son instinct de conservation, que je suis l'objet d'un processus d'assimilation, comme homme collectif, par la voie légaliste (le statu quo structurel) et démocratique (le rouleau compresseur majoritaire). Je parle de ce qui me regarde, le langage, ma fonction sociale comme poète, à partir d'un code commun à un peuple. Je dis que la langue est le fondement même de l'existence d'un peuple, parce qu'elle réfléchie la totalité de sa culture de signes, en signifiés, en signifiance. Je dis que je suis atteint dans mon âme, mon être, je dis que l'altérité pèse sur nous comme un glacier qui fond sur nous, qui nous déstructure, nous englue, nous dilue. Je dis que cette atteinte est la dernière phase d'une dépossession de soi comme être, ce qui suppose qu'elle a été précédée par l'aliénation du politique et de l'économique. Accepter CECI c'est me rendre complice de l'aliénation de mon âme de peuple, de sa disparition en l'Autre. Je dis que la disparition d'un peuple est un crime contre l'humanité, car c'est priver celle-ci d'une manifestation différenciée d'elle-même. Je dis que personne n'a le droit d'entraver la libération d'un peuple qui a pris conscience de lui-même et de son historicité.
 
En CECI le poème se dégrade. En CECI le poème prend tous les masques d'une absence, la nôtre-mienne. Mais contestant CECI, absolument, le poème s'essaie, puis retombe dans l'enceinte de son en-deçà. Ô poème qui s'essaie, dont la langue n'a pas de primum vivere, poème en laisse, pour la dernière fois je m'apitoie sur toi, avec nos deux siècles de saule pleureur dans la voix.
 
 
Mon poème <br />
comme le souffle d'un monde affalé contre sa <br />
mort <br />
qui ne vient pas <br />
qui ne passe pas <br />
qui ne délivre pas
 
Comme une suite de mots moribonds en héritage <br />
comme de petits flocons de râles aux abords <br />
des lèvres <br />
comme dans les étendues diffuses de mon corps <br />
mon poème <br />
entre haleine et syncopes <br />
ce faible souffle phénix d'un homme cerné <br />
d'irréel <br />
dans l'extinction de voix d'un peuple granulé <br />
dans sa déréliction pareille aux retours des <br />
saisons <br />
une buée non repérable dans le miroir du <br />
monde <br />
mon poème <br />
ce poème-là <br />
paix à tes cendres
 
''l'amnésie de naissance''
 
Où en suis-je en CECI? Qu'est-ce qui se passe en CECI? Par exemple, je suis au carrefour Sainte-Catherine et Papineau, le calendrier marque 1964, c'est un printemps de mai. CECI, figé, avec un murmure de nostalgie, se passe tout aussi bien en 1930 qu'en 1956. Je suis jeune et je suis vieux tout à la fois. Où que je sois, où que je déambule, j'ai le vertige comme un fil à plomb. Je n'ai pas l'air étrange, je suis étranger. Depuis la palpitation la plus basse de ma vie, je ses monter en moi les marées végétales et solaires d'un printemps, celui-ci ou un autre, car tout se perd à perte de sens et de conscience. Tout est

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