To put an end to ethnic voting

From Independence of Québec
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This is an unofficial translation of a December 2000 article by Salomon Cohen entitled Pour en finir avec le vote ethnique.


Sur la lancée de l'affaire Michaud, j'ai été personnellement interpellé à maintes reprises par les divers médias d’information, par mes concitoyens en général et par les souverainistes en particulier. Au bas mot, j’ai fait, à ce jour, au moins quatre interventions publiques: une, auprès de la radio de Radio-Canada, à l'émission Sans Frontières animée par Michel Desautels, le 19 décembre dernier; une deuxième, par le biais d'une lettre au journal Le Devoir, parue le 21 décembre dernier, dont j'étais un des cinq signataires souverainistes issus des communautés culturelles; une troisième, sous forme d'entrevue accordée au journaliste Alexandre Sirois du journal La Presse, parue dans l'édition du 23 décembre dernier et enfin, une quatrième, le même jour, sous forme d'entrevue accordée au réseau RDI.

Je tiens ainsi à rassurer ceux qui comme monsieur Normand Breault déplorent ne jamais voir «d’autres membres de la communauté juive venir nuancer, et encore moins contredire leurs porte-parole » et se demandent « quand, s’il y en a, des dissidents feront-ils connaître leurs opinions » afin que « les autres québécois se rendent compte que la communauté juive n’est pas aussi monolithique qu’elle le paraît. » (Article paru dans Le Devoir, le 27 décembre dernier)

Le Québec de l’avenir ne se bâtira pas sans l’apport des divers groupes culturels. Le projet de faire du Québec un pays, dont rêvent 60 % des francophones, mérite une plus grande ouverture de la part des autres communautés ethniques du Québec. Pour les faire participer pleinement à l’élaboration de ce projet, il faut dans un premier temps faire davantage de place, au sein des caucus, des organisations politiques et des institutions gouvernementales, aux sympathisants issus des communautés culturelles.

L'idée maîtresse qui soutient mon analyse est la suivante: l'avenir du Québec dépend principalement de trois composantes majeures de la société québécoise, compte tenu de leur poids démographique, de leur importance économique et de leur influence politique, soit la majorité française, la minorité anglaise et les communautés culturelles ou ethniques, tout en retenant l’apport des nations autochtones.

Il est sans doute vrai que les anglo-québécois ont tout intérêt à se considérer au Québec avant tout comme les dignes représentants du groupe majoritaire et dominant au Canada. De même, il est tout aussi légitime pour les premières générations d’immigrants de demeurer loyalement redevables à leur pays d’accueil, le Canada, et de nourrir leur rêve d’appartenir à une grande nation nord-américaine. Il n’en reste pas moins qu'un bon nombre d’entre eux reconnaît la puissance des forces vives du Québec francophone qui tend inexorablement vers l’émancipation de son peuple et vers son autonomie, sa souveraineté, sa reconnaissance et sa participation au concert des nations.

La polémique actuelle confère (encore une fois) à la communauté juive le rôle de bouc-émissaire des mécontentements de ceux qui déplorent le refus des communautés culturelles d’adhérer au projet de la majorité française. Mais où sont, dites-vous, les tenants ethniques de l’option souverainiste ? Où sont leurs porte-parole? Pourquoi leurs témoignages sont-ils si diffus qu’on a peine à les entendre et à les reconnaître?

La réponse est simple. Ils sont pour la plupart en marge des mouvements politiques, et quand ils y participent pleinement, ils appartiennent à des associations et des comités politiques multiethniques sympathisants dépourvus de moyens d’action et méprisés par les grandes organisations ethniques. Ils militent à l’ombre des projecteurs braqués sur les ténors de la cause souverainiste et de la représentation ethnique.

Lorsqu’ils acceptent de porter haut la bannière souverainiste, ils sont confinés à des rôles de porte-étendard dans des comtés kamikazes lors des élections. Incapables de relever le défi insurmontable de rallier leur groupe ethnique à la cause souverainiste et de gagner dans des comtés amplement acquis à d’autres formations politiques, ils sont condamnés à purger leur peine au purgatoire suite à leur incontournable échec électoral. Isolés de leur groupe d’appartenance culturelle, ils font face à la méfiance du groupe majoritaire envers ceux qui viennent d’ailleurs, issus de cultures emballantes quand on fait du tourisme, mais combien menaçantes quand elles se frôlent à nous au quotidien.

La manne des nouveaux adhérants ethniques à la cause, qui ont suivi ces candidats dans leur lutte électorale, est laissée pour compte. Ceux-ci constatent avec dépit que tous leurs efforts n’ont même pas permis à l’un des leurs de se faire une place de choix dans les hautes sphères du pouvoir. Débinés, ils abandonnent en déplorant le manque de reconnaissance face à leur difficile engagement dans une voie qui défie les tendances lourdes de leur groupe culturel et les marginalise d'emblée et le manque de considération des souverainistes à leur endroit.

Ultime revers, ils constatent avec dépit qu’en certains cas, les opposants à l'option souvenainiste, qui leur ont ouvertement manifesté leur opposition, sont quant à eux gratifiés de nomination sous prétexte qu’ils représentent fidèlement leur groupe culturel et avec la fausse prétention que ceci entraînera, en guise de gratitude, des conversions à la cause. Pour les sympathisants ethniques, c’est ce qu’on appelle « ajouter l’insulte à l’injure. » Pas étonnant qu’en période de crise, on se demande où ils sont.

Privés de pouvoir et de leviers économiques pendant une longue période de l’histoire du Québec, trop de francophones considèrent encore, à tort, qu’à défaut de débouchés dans le secteur privé, plus facilement accessible selon eux pour les groupes ethniques, ils doivent se réserver les sièges parlementaires et les emplois dans les administrations publiques québécoises. La résistance apparente à faire entrer dans leur rang, à part entière, les ressortissants « étrangers » nuit à la véritable intégration des groupes ethniques et perpétue la domination des leaders de communautés culturelles sur leur groupe d’appartenance.

À mon avis tant que le groupe majoritaire francophone ne fera pas une place de choix à ceux qui venus d’ailleurs veulent s’intégrer et participer à l’édification du Québec de demain en symbiose avec les aspirations du peuple québécois, il n’y aura pas de vrai débat sur la question nationale au sein des groupes ethniques, et je le déplore amèrement.

De fait, il n'y a que la majorité française qui débatte démocratiquement de la question nationale du Québec. Les communautés anglophones et ethniques non seulement n’abordent pas cette question de façon démocratique, mais ils font tout pour étouffer le débat qui secoue le Québec depuis plus de quarante ans. À ce point de vue, on est encore aux prises avec des communautés culturelles fermées en grande partie à cause des intérêts de certains leaders qui cherchent à préserver leur emprise sur des citoyens fragiles. L'unanimisme actuel de ces groupes a des relents de dictatures. Quelle honte!

La majorité française peut et doit impérativement exercer son leadership afin de favoriser l’apport des groupes anglophone et ethniques à la définition du Québec de demain. Elle doit les inciter à ouvrir les vannes du débat démocratique sur la question nationale du Québec et ce faisant, à libérer les trésors de leur contribution.

Le jour où le débat sur la question nationale du Québec sera étendu à l’ensemble de la société québécoise, abordé par tous les groupes dans toutes les langues parlées par les communautés culturelles et avec la majorité française et la minorité anglaise, on pourra alors prétendre à un réel débat démocratique.

Imaginer la contribution au devenir du Québec de chacun de ces groupes culturels et ethniques, l’élévation, la coloration et l'élargissement du débat sur la question nationale du Québec. Des moments historiques en perspective! Quel bénéfice pour le Québec! Et, surtout quelle leçon de démocratie pour le reste du Canada et le monde entier. Je suis convaincu qu’à cet égard, le Québec peut devenir un « phare » démocratique pour les petits pays.

Une fois que le débat est bien engagé, chaque citoyen peut s’exprimer et penser librement, sans restriction ni entrave dans son cheminement politique de personne conscientisée. Ce sont les conditions essentielles à l’élaboration du vrai visage démocratique du Québec à bâtir et au développement d’une solidarité sociale. Dans un contexte moins favorable au débat démocratique, la polarisation risquerait d’antagoniser les différents groupes et de créer une impasse totale en ce qui concerne l’édification du Québec de demain.

Salomon Cohen, candidat officiel du PQ dans Outremont en 1994, et président de la Commission des communautés culturelles du Bloc québécois de 1998 à 2000.